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7TH AVIGNON BLUES FESTIVAL
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Ecrit par David le 01-10-2004 | Rubrique : Comptes rendus de concerts | Nombre de lecture : 917
Le concert d'ouverture de ce prestigieux festival se déroulait au Rouge Gorge. Big Ed Sullivan était venu nous prouver que le New York City Blues est synonyme de festivités et d'allégresses. Accompagné par des musiciens français le quatuor a accomplit un show inoubliable. C'est avec beaucoup de punch, de boogie, de rock'n'roll, de blues et de slide que Big Ed nous a enrôlé l'espace d'un concert, dans un coin de son intimité artistique.
La première esquisse musicale fut instrumentale, mais c'est avec « I like the night » que Big Ed commence à nous démontrer et à jouer de son talent. A la fois parfait slider et showman, il n'hésite pas à prendre la serviette qui lui était destiné à éponger son front, pour frapper les cordes et en arracher des accords. Il va même parfois coincer sa corde de mi grave avec son pouce au-delà du manche pour en tirer des notes encore inexistantes. Il pose sa guitare sur une enceinte et joue d'une main, il met sa guitare derrière la tête et continue de jouer. Big Ed enchaîne toutes les astuces et les techniques du parfait guitariste. Les bends sifflent. Le bottleneck surfe sur les cordes. Les morceaux sont de plus en plus entraînants et s'accélèrent crescendo vers un boogie-woogie très rock'n‘roll. Il descend à plusieurs reprises au cœur du public et fait des démonstrations de forces en slidant avec des tasses à café, des bouteilles de champagnes et de bières. C'est au second rappel que Big Ed clôture avec un « Roll over Beethoven » de Chuck Berry puissance 10. Le lendemain (vendredi), les premiers Rois de Chicago débarquent sur la scène du Cloître des Carmes. Et en ce lieu pittoresque, les premiers « Kings » de Chicago a croiser les fantômes papaux sont les frères Skoller et leurs incroyables compagnons. Matthew Skoller et l'un de ces harmonicistes de la scène du Chicago Blues dont la renommée et la reconnaissance ne cessent de s'accroître. Il est accompagné de son frère Larry à la guitare, de l'incontournable bassiste de Chicago, dont la réputation le précède : Vamp Samuels et Linard Stroud à la batterie. On apprécie cette première soirée aux accents de la windy city comme une bouteille de Châteauneuf du Pape 1990. C'est ce que nous offre le Matthew Skoller band et le tout sur un plateau d'argent. Une très grande finesse, beaucoup de structure et de force qui restent ancrées dans votre cœur et dans votre mémoire. Il y a dans la voix et les textes de Matthew, de la rage, de la colère mais aussi de l'amour et de la compassion pour les Hommes. Matthew souffle au travers de son harmonica avec beaucoup de personnalité. Il souffle et aspire avec ses tripes et son cœur, pour donner un son ample, rond, majestueux et charpenté. Autant dire que ce « Matthew Skoller » millésimé est une année exceptionnelle. Une année unique. A consommer sans modération. « Ghosts in my closet » montre la vivacité et la richesse du groupe. En premier nez, les parfums guitaristiques de Larry sont fondus et équilibrés. Mais au second nez, les accords sont liés et plus affirmés, les riffs nous enivrent et nous entraînent au rythme de la musique. Tandis que, Vamp Samuels, le charismatique bassiste, se trémousse sur place au rythme de son groove ensorcelant. Ajoutez Linard à la batterie et vous obtenez, une structure apte a une longue durée de vie pour cette splendide cuvée. Matthew profite de « Cheaper To Keep Her » pour montrer du doigt la chaîne de télévision CNN et à la fin de ce morceau, il lance un appel à la Paix . Tandis « Love Her Don't Shove Her », qui a pour sujet la lâcheté des hommes qui battent les femmes, apporte caractère et vivacité. Le public sous la sage ivresse des effluves du blues se lève et applaudit avec le plus grand des respects. Mais dans ce bel écrin de verre qu'est ce 7th Avignon Blues Festival, mis en bouteille au Cloître des Carmes par le propriétaire récoltant « La Voix Du Blues », se trouve un cépage améliorateur. Et ce cépage bienfaiteur c'est Carlos Johnson. Ce guitariste émérite peu connu du grand public (on se demande bien pourquoi), amène une touche de sensualité phénoménale. Carlos fait vivre chaque moindre note de sa guitare, en lui donnant la vie, l'éduquant et l'élevant à son ascension finale. Mais Carlos donne tellement d'émotions dans sa musique, qu'il fusionne intégralement avec elle. Il vit dans sa musique et la musique vibre dans son corps. Il dégage un feeling hors norme, avec une force émotionnelle hallucinante dans des slows blues d'une beauté tonifiante. La maîtrise de cet artiste, de ce monument, de ce Dieu, fait tellement partager de sentiments au travers de sa musique que la chaire de poule vous envahit du premier au dernier morceau. Il est vrai aussi que sa voix sépulcrale rajoute beaucoup de magie à l'ensemble. Autant dire que sa version personnifiée de « The Healer » de John Lee Hooker, va marquer à jamais le cœur du public. Guitariste gaucher, Carlos joue sur des guitares de droitiers, les cordes sont forcément inversés. Ce qui a dû obligatoirement contribuer à forger le style, le jeu et le doigté de ce fabuleux musicien. Au fil de cette expérience musicale, de cette leçon sur la vie qui défile devant nous. Carlos se rapproche de la scène pour partager un peu plus d'intimité. Pour finalement se mêler au public. Appuyer sur le rebord de la scène, face au public, Carlos apaise son jeu. Il joue pendant plusieurs minutes quasiment unplugged. Où les notes seront à peine audible pour les spectateurs du premier rang. Le tintement des cordes d'aciers sur le corps de bois de la guitare vibre et émotionne. Soudain, Carlos repart crescen do vers un volume sonore tout aussi affriolant. Ce type d'événement saisi de nouveau les tripes et l'âme du public. Ainsi Carlos apporte plus de couleurs et de matière à la charpente extraordinaire de ce grand cru. Les fragrances et les saveurs du blues explosent. Le public le ressent au plus profond de sa chaire et conclut cette seconde soirée inoubliable par une formidable standing ovation. Ce soir là, nous l'avons compris, au Cloître des Carmes, il s'est passé quelque chose de rarissime. Un événement unique pour lequel Carlos Johnson aura était le catalyseur. Mais quelque chose me dit que Carlos Johnson a offert un concert privilège au public chanceux d'Avignon. Et que ce moment unique n'est pas prêt de se reproduire. Le lendemain, pour ce dernier soir de festival, Keith Dunn va mettre à genoux un public abasourdi. Keith transporte le public avec son blues. Un blues ancré au plus profond des racines du blues. Keith sonne roots tantôt avec un micro harmonica (type Greenbullet) pour des notes plus saturées, tantôt avec un micro classique pour des sonorités plus classique, plus acoustique. Même seul sur scène, Keith nous offre un show monumental où l'étincelle du blues jaillit de l'homme à l'harmonica diatonique, pour se propager dans tous les yeux écarquillés de l'auditoire. L'artiste offre au public un show respectueux de la tradition. A l'aise sur scène, il joue avec son ruine babine, le faisant voler par dessus son épaule.
Mais l'artiste le plus attendu de la soirée est certainement Jimmy Burns, la tête d'affiche du festival. Il rentre seul sur scène. Visiblement heureux et content d'être là, il nous promet ainsi de nous procurer un maximum de plaisir. Il ouvre son set avec « Boogie Chillen », du regretté John Lee Hooker et après quelques morceaux seul sur scène, dans un show électro-acoustique, ce sont Vamp Samuels, Linard Stroud et Larry Skoller qui montent sur scène pour soutenir l'élite de Chicago. La quintessence du Delta-Blues et du Chicago Blues sont entrains de s'exprimer sur la scène avignonnaise. Riffs ensorcelants, shuffles et groove entraînants pour nous offrir le must du must. Les titres s'enchaînent avec fluidité et onctuosité. Au final, pour le rappel Carlos Johnson, Matthew Skoller et Keith Dunn viendront rejoindre leurs compagnons pour un « Sweet Home Chicago » (bien sur !) d'une fraîcheur revivifiante, dont le public s'en délecte au maximum jusqu'à atteindre l'overdose musicale bienfaitrice.  
David
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