Ecrit par Lydia le 01-12-2008 | Rubrique : Livres BD | Nombre de lecture : 1930
Décidément, le blues semble inspirer le monde des bulles ces temps ci :après Frantz Duchazeau et son Météor Slim en début d’année, voilà qu’arrive sur les étagères des librairies un autre titre.. bien différent. En effet, la grosse surprise de l’année nous vient des antipodes puisqu’il s’agit d’une BD japonaise. Hé oui !! Un manga ! Comme ce genre de lecture ne parlera pas à tout le monde, on va faire un petit détour façon « le manga pour les nuls » histoire de recadrer un peu les choses pour ceux que le mot « manga » fait frémir.
Pas de panique ! Quand on parle manga, beaucoup de monde pense d’entrée aux dessins animés ou aux BD qui se lisent à l’envers et qui ont déferlé en France depuis les années 80, destinés au mieux aux ados fanas de baston, au pire aux gamines à couettes. Mais ces dernières années les éditeurs de manga se sont rendus compte que le lectorat à grandi et nous proposent donc aussi des titres pour lecteurs adultes . Non, ce n’est pas ce que vous pensez.. simplement des titres dont le sujet n’est pas spécialement en rapport avec les préoccupation des ados. Et donc on voit de plus en plus arriver des choses intéressantes. Des manga, il en existe sur tout : le foot américain, le jeu de go, le vin ( !) pour ne citer que quelques exemple des gros succès des mois passés. Alors pourquoi pas le blues ? Alors avant de s’y plonger, quelques clefs de lectures : -oui le manga se lit à l’envers ! vous n’y couperez pas, c’est comme ça. Non seulement de la droite vers la gauche, au niveau des pages, mais également de la droite vers la gauche au niveau des cases et des bulles. C’est un coup à prendre. ( mais quand même de haut en bas, rassurez vous !) - Les pages encadrées de noir ou de gris indiquent un flash back ou une projection dans le futur, insérée dans le fil de l’histoire. - bien qu’il y en ait peu dans le titre qui nous occupe : La surprise ou l’étonnement sont souvent indiqué par un changement de taille des personnages qui se sentent « tout petits » ou qui tombent « à la renverse », littéralement. Même dans une Bd de style réaliste. C’est étonnant aux yeux d’un lecteur de Bd Franco-belge où les genres sont très définis « réaliste », « humoristique ».. de manière assez étanche., Mais ça ne choque pas un japonais, car ça fait partie des codes ( au même titre que notre fameuse « ampoule » symbolisant l’idée, du reste). Mais on en a un bel exemple dans le premier volume, avec la sœur irascible du héros qui le satellise littéralement d’un bon coup de pied. Surprenant.. mais comme le sujet évolue assez vite vers le tragique, ce genre d’humour visuel est assez peu fréquent. Donc « Me and the Devil Blues ».. Le titre vous parle surement. C’est l’histoire d’un type pas vraiment doué pour le travail de la terre, pas vraiment doué pour la vie de famille, pas vraiment doué en musique non plus mais qui ne rêve que de ça. Un brave gars qui croit au vaudou, au mauvais œil, et qui suite à une plaisanterie d’ivrogne dans un bar ira se promener sur un carrefour désert espérant rencontrer celui qui exaucera son souhait de devenir un vrai bon musicien. Un type surnommé RJ.
La où le titre réussi un bon coup, c’est qu’il ne prend pas de parti - en tout cas dans les 2 volumes parus à ce jour. Ce n’est pas une biographie, le héros et son parcours sont plutôt le prétexte à un « road movie en BD ». D’ailleurs la narration et les cadrages sont très cinématographiques, évoquant énormément les frères Coen .L’ambiance est proche de celle de O Brother, la narration rappelle celle, pas évidente a priori de No Cpuntry for Old Men. Le duel de Guitare entre RJ et Son House du premier volume est proche du duel de western, la violence du shérif envers ses adjoints dans le deuxième volume évoque aussi un film de gangsters des années 40. S’adressant a des gens pas forcément calés en blues, la BD convoque donc l’autre art visuel qu’est le cinéma. Ce n’est pas non plus une histoire fantastique, qui poserait pour acquise une intervention démoniaque. De manière plus maline, l’auteur ne reste sur le fil : au lecteur de l’interpréter à sa façon : pacte avec le diable ou cas de schizophrénie, d’hallucinations collectives… On est donc à mi-chemin entre la biographie (non du bluesman au parcours finalement mal connu Robert Johnson, mais du mythe Robert Johnson) et le Mythe tout court ( celui de Faust en l’occurrence) Et de fait RJ va quand même rencontrer le démon : individuel dans le premier volume ( sous la forme d’un autre personnage ayant réellement existé.. leur rencontre potentielle aurait donc pu avoir lieu.. ou peut être pas ! ,puis collectif et donc beaucoup plus terrifiant dans le second volume.
L’autre point à souligner, c’est que, contrairement à ce qui manquait singulièrement dans « Meteor slim », le contexte n’est pas oublié.. celui de la pauvreté, du labeur aux champs, mais aussi et surtout, la ségrégation raciale et la peur qui en découle, la violence au quotidien dans un pays ou tout un chacun à la gâchette facile et la prohibition. Ainsi , après un premier volume plus centré sur le héros puisqu’il s’agit de présenter l’histoire, le deuxième laisse une plus large part au contexte social, et tient en haleine en alternant séquences plus humoristiques lorsque le comparse de RJ ruine une « party » par exemple et suspense.
Bref, une série toujours en cours dans son pays d’origine (4 volumes à ce jour) qui part très bien. Et ne devrait pas s’éterniser en nombre de volumes – en général les manga de ce type comptent un maximum d’une dizaine de volumes ( au rythme de parution d’un ou 2 par an) A suivre donc, dès décembre prochain pour nous français.
Les + : Un graphisme assez somptueux, utilisant des techniques de dessin variées, des couvertures et des pages de chapitres splendides, des cadrages très recherchés.. Les - : une narration un peu confuse, des flashbacks, c’est une lecture qui demande pas mal d’attention, de revenir en arrière. Et le mélange de genres qui peut surprendre un occidental habitué globalement à des choses plus cadrées. Editeur : Kana (2 volumes parus, le 3° prévu le 5/12/2008) - Japon : parution en cours, 4 volumes Parution : Août 2008
Lydia
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