Ecrit par David le 10-03-2009 | Rubrique : Infos | Nombre de lecture : 2322
Ce fier représentant de la culture afro-américaine, plus africain qu’américain, cet amoureux de la vie et de l’Humanité, homme de terres et de racines, est décédé dimanche 8 mars, le jour de son anniversaire, d’une crise cardiaque.
Né en 1943 à Prairie Point (Mississippi), lui, ses frères et sœurs sont élevés par ses grands parents sharecroppers, lorsque son père partit du domicile. En 1967, il entreprend de monter à Chicago dans l’espoir de gagner plus d’argent que s’il ne travaillait dans le sud du pays. Il travaille pendant un an dans le West et le South Side de la « windy city ». Mais il revient dans le Sud, en Alabama, du côté limitrophe au Mississippi. Il prend un job de vendeur de chaussures, d’eaux de Cologne et d’autres babioles en tout genre, qu’il colporte sur les routes tout en causant politique et droits civiques. Un début d’engagement, qu’il poursuit en rejoignant des associations pour les droits civiques des afro-américains. Nous pouvons tous imaginer la réjouissance qu’il a du ressentir lorsque Barak Obama a été élu. Lorsqu’il rencontre, Jim O’ Neal (fondateur du label Rooster Blues) ils projettent de travailler ensemble et ne se quitteront plus pendant 13 ans, jusqu’à ce que chacun se retourne vers leurs axes principaux. Jusqu’à dimanche encore, il accomplissait sa mission avec son association en forgeant des rapports avec la jeunesse locale via un programme éducatif fondé autour du Blues, pour sensibiliser la jeunesse aux traditions afro-américaines. Un concert de Willie King c’était comme un couronnement. Willie vivait chacun de ses concerts comme une concrétisation. C’était un personnage sincère, plein de modestie, sans artifices, jusqu’au point de surprendre le public, en montant sur scène comme arrivant de finir de peindre la façade de son Juke Joint. Ce qui contribuait à son authenticité. Willie King était un bluesman proche de son public. Capable de ressentir l’amour de celui-ci et de le propager dans les envolées hypnotiques et transcendantes de sa guitare, et de son chant. Des sonorités proches du Country Blues du Mississippi. Un Blues rural sonnant parfois comme un Chicago Blues poussiéreux et rustique. La force de Willie King s’était des boucles hypnotiques et un chant émotionnellement fort, proche de Howlin’ Wolf et Muddy Waters. Tous les témoins des concerts de Willie vous diront qu’à chaque regard échangé avec l’artiste, nous pouvions constater l’étincelle divine du Blues dans les yeux de l’artiste. La flamme de la vie qui s’illuminait dans les yeux taquins du musicien. Lorsque je l’avais rencontré à Cognac (accompagné de Rick Asherton), j’avais découvert un homme exceptionnel, d’une grande ouverture d’esprit et un homme touché et ému par l’accueil qu’il avait reçu du public français. À une époque où l’on commençait à peine à parler de lui. Pour sa première venue en Europe, Willie King n’imaginait pas que les petits français puissent écouter et être autant en adéquation avec sa musique. Il invitait tous les gens qu’il croisait à venir le rencontrer directement chez lui, en Alabama, dans son Juke Joint, le Bettie’s Place. Les chanceux qui avaient pris part à cette aventure racontent encore que pour aller chez Willie c’était une véritable aventure. Un chemin de croix, de temps de kilomètres que même le plus passionné de concert que l’on puisse trouver en France, n’aurait jamais osé parcourir en voiture. Mais cela restera dorénavant pour beaucoup d’entre nous un rêve inaccessible. Tous ses albums sont savoureux avec l’âme de l’artiste qui transpire de toute la puissance de sa richesse culturelle et de sa musique. - « Walkin The Walk, Talkin’ The Talk » en 1999 - “ Freedom Creek” en 2000 - “I Am The Blues” en 2000 - “Living A New Worl” en 2002 - “Junkin’ At Bettie’s” en 2004 - “One Love” en 2006
Rest in peace, Willie ! Nous ne t’oublierons jamais pour toute la force, la passion et la vie que tu as transmis au travers de ta musique, « ton » Blues …
Vous écoutez un extrait de "It Takes A Good Woman"
Cher David , je ne peux m'empêcher de d'écrire ce petit mot .Je suis catastrophé par cette nouvelle .Comme toi j'ai eu la chance de le découvrir sur les bords de la Charente .Il nous avait fait vibrer .Ce fut un moment très intense ,même pour les non initiés .J'ai vécu deux heures de réel bonheur.Je n'oublierai jamais l'arrivée de ce petit bonhomme hirsute coiffé de sa casquette rouge et accoutré d'un pantalon et de chaussures pleins de tâches de peinture .Plein de gentillesse et d'humilité tu l'as dit . Radieux et surpris de voir l'accueil que nous lui avons réservé.L'on retrouve parfaitement l'envoutement hypnotique ( les mots ne sont pas trop forts )de sa musique dans l'extrait que tu nous fais écouter . J'ai toujours eu l'espoir de le retrouver un jour en concert.Ce n'est plus possible.Quels regrets quelle perte .Je suis très triste qu'il nous ait quitté.C'était un grand bonhomme , un grand artiste peu connu mais inoub...